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Remplacer son verre de visée

Le verre de visée est cette petite lamelle de verre dépoli qui se trouve au-dessus du miroir incliné, immédiatement visible dans la chambre du boîtier (à travers la monture, c’est-à-dire le trou dans lequel on fixe l’objectif). C’est sur ce verre que sont micro-gravés les collimateurs, ceux-là même que l’on peut voir dans l’œilleton (le viseur, si vous préférez) et qui s’éclairent lors de la mise au point par l’autofocus. La quasi-totalité des appareils photo reflex sont construits sur ce principe.

Verre de visée EOS 450D
Verre de visée Canon EOS 450D (rayé !)

Sur la photo ci-dessus, voici le verre de visée original du Canon EOS 450D, en l’occurrence le mien. Et si je me permets de jouer avec sur cette photo, ce que je conseillerais d’éviter à quiconque, c’est parce que j’ai fini par le rayer à force de le nettoyer comme un sagouin. 😳

Rayer cette pièce n’a aucune incidence sur le résultat de la photo, puisque le verre de visée n’intervient que pour le cadrage et la mise au point. Cependant, des rayures peuvent être gênantes pour la vue, sans compter l’incessant souvenir de votre grossière erreur… Enfin MON erreur, pour le coup… Pour cette raison, on peut être tenté de le remplacer.

Une seconde raison peut conduire à changer le verre de visée de son appareil. En effet, depuis bien longtemps, les constructeurs proposent des modèles disposant de fonctionnalités supplémentaires : lignes de tiers, lignes de centre, stigmomètre… Si le verre de visée ne comporte que les collimateurs par défaut, on peut très bien opter pour un modèle bardé de trucs à faire pâlir Stringfellow Hawke ! Non, je vous en prie, ne rougissez pas devant autant de culture… 🙄 Même si on peut penser que tout ceci est gadget au premier abord, l’utilisation d’un stigmomètre trouve plusieurs avantages. Pour commencer, celui-ci facilite la mise au point manuelle. Ensuite, il permet de mieux observer un problème de mise au point automatique, notamment en condition de faible lumière ou bien d’objets à des distances différentes (photographier à travers une grille). Enfin, il est particulièrement apprécié par les personnes ayant une vue réduite.

Puisqu’on en vient à se poser la question de savoir ce que les constructeurs ont à nous proposer, voici une première remarque : selon les références, les verres de visée ne sont généralement compatibles qu’avec un seul reflex, tout au plus une gamme de reflex du même constructeur. En conséquence, attention à ne pas acheter ce petit bout de verre sans vous être préalablement assuré(e) qu’il était adapté à votre boîtier. Un second constat nous invite à penser que le verre de visée n’est pas du tout remplaçable sur les boîtiers d’entrée de gamme, que celui-ci est de toute évidence « fixe », comme indiqué sur la fiche technique du Canon EOS 450D par exemple. Hé bien c’est faux. Seulement, les constructeurs étant convaincus que les amateurs sont peu enclins au photo-tuning, et sans doute pour préserver ces derniers de toute tentation, ils préfèrent sûrement confier le remplacement de cette pièce à leur S.A.V., ce qui offrira en outre une bonne occasion de facturer l’abruti qui l’aurait rayée. C’est peut-être aussi parce que son remplacement peut avoir une incidence sur la visualisation des collimateurs ainsi que sur la mesure d’exposition de l’appareil, mais nous reviendrons là-dessus plus tard.

Heureusement, des fabricants tiers proposent des verres de visée pour toutes les marques de reflex (et à peu près tous les modèles). Les sites et forums spécialisés m’ont permis d’en trouver trois :

C’est ainsi que j’ai commandé un verre de visée chez Focusing Screen, chez qui les prix sont plus abordables.

Verre de visée FSB pour EOS 450D
Verre de visée FSB pour EOS 450D

Le modèle illustré ci-dessus a coûté environ $59.00, ainsi que $15.00 de frais de port, soit environ 54 € en tout, via PayPal. Il a fallu une bonne semaine entre la commande et la livraison. Le colis était soigné : boîte en carton robuste, multiples emballages plastiques dont deux en papier bulle… Ca fait très sérieux !

Focusing Screen EOS 450D
Focusing Screen EOS 450D

Sur la photo ci-dessus, on peut voir le contenu du colis envoyé par Focusing Screen. Le kit est complet !

  • 2 doigtiers en latex (vous voilà rassuré(e) : non, ce ne sont pas des présos)
  • Une pince droite
  • 2 cales transparentes en forme de cadre (dans le petit sachet à droite)
  • Le verre dépoli, doublement emballé, posé sur une mousse et enfermé dans une boîte rigide elle-même emballée (quand je disais que c’est soigné)

Le remplacement du verre de visée est une manipulation qui ne prend que quelques minutes. Il faut toutefois faire très attention aux conditions dans lesquelles son remplacement doit avoir lieu. Aussi il est important de prendre en compte deux facteurs : la poussière (quelle plaie, ma parole !) et l’éclairage. En conséquence, mieux vaut prévoir quelques accessoires :

  • Un soufflet (sans pinceau) ou une bombe d’air sec (mais attention à la puissance)
  • Des lingettes sèches (on ne met surtout aucun produit sur le verre)
  • Une lampe articulée, une lampe frontale ou une lampe de poche… bref, de quoi éclairer convenablement le fond de la chambre… la chambre du reflex, bien-sûr !

Une fois ces quelques accessoires réunis, il est temps de se lancer (et sans trembler). Pour ce faire, la consultation du didacticiel de Focusing Screen suffit (du moment qu’on baragouine un peu l’anglais). On peut toutefois insister sur quelques points :

  • Le cadre métallique peut se clipser et se déclipser sans forcer. Pour le déclipser, il suffit d’introduire la pointe de la pince dans le petit trou situé devant, puis de l’abaisser et le décaler légèrement vers la gauche.
  • Il faut soulever l’ancien verre par l’un des ergots, pour un droitier celui de droite étant le plus accessible
  • Le nouveau verre peut être inséré en biais, afin d’éviter de toucher les bords du trou
  • Le verre doit être simplement posé dans son emplacement, ses ergots (attention au détrompeur en haut à gauche sur l’image) permettant de le positionner naturellement
  • En remettant le cadre métallique, attention à bien insérer ses deux ergots métalliques dans les trous de la paroi du fond prévus à cet effet, toujours sans forcer
  • Le cadre métallique se clipse d’un simple geste avec le bout du doigt (capoté, bien-sûr), inutile d’aller tripoter le verre au passage

Après installation du nouveau verre de visée, il faut prendre le temps de vérifier le résultat de l’opération :

  • Si des poussières apparaissent en regardant par le viseur, avec un peu de chance ce sera du côté du miroir. Dans ce cas, un coup d’air sec suffira peut-être. Sinon, vous pouvez opter pour un retrait du verre et son nettoyage. Dans ce cas, maintenez-le verticalement à l’aide de la pince, afin d’éviter le dépôt d’autres poussières, et utilisez de préférence le soufflet. Si cela ne suffit pas, envisagez l’usage d’une lingette sèche, mais sans insister (surtout sur le stigmomètre) et toujours en essuyant dans le même sens, vers l’un des bords du verre. Cette opération est délicate et chronophage, car vous risquez de le faire plusieurs fois, ce qui multiplie d’autant les risques de faire une boulette.
  • S’assurer que le cadre est bien clipsé. Si celui-ci n’est pas correctement mis, le verre va tomber de son emplacement dès la première photo et se prendre dans le miroir. Si cela doit vous arriver, pas de panique, il suffit de retourner l’appareil, retirer l’objectif et extraire le verre à l’aide de la pince. Avec un peu de chance, vous n’aurez rien rayé du tout…
  • Après installation, jouez longuement avec la mise au point automatique. Si vous observez un décalage dans le stigmomètre (le sujet apparaît fendu dans la pastille) alors que l’autofocus a rempli son rôle, pas de panique, c’est normal. Le verre n’est pas à la bonne distance du miroir, et est sûrement « trop » haut. Dans ce cas, utilisez une des cales transparentes (attention au sens, la partie sans ergot doit buter contre la paroi du fond), que vous poserez dans l’emplacement du verre dépoli avant de remettre celui-ci par-dessus. Une fois le verre clipsé, refaites d’autres essais de mise au point automatique. Si vous observez encore un décalage du même côté, ajoutez la seconde cale. Pour ma part, une seule a suffi. Si vous observez un décalage dans l’autre sens, retirez peut-être une épaisseur…

Remplacer son verre de visée est donc une opération qu’on ne fera pas toutes les semaines, et qui n’aura pas d’intérêt pour la plupart des photographes amateurs, aussi bien à cause du prix que des risques. Cela reste néanmoins faisable, sans trop de difficulté, du moment que l’on observe quelques précautions. Enfin, si vous attachez de l’importance aux collimateurs qui s’éclairent, sachez que celui du milieu n’apparaîtra plus (car il a été remplacé par le stigmomètre), et que les autres s’éclaireront à la manière d’une tache lumineuse. Autre phénomène rencontré aussi, c’est la mesure d’exposition. Celle-ci sera plus ou moins faussée, les photos devenant alors surexposées. Pour remédier au problème, il sera alors nécessaire d’exposer à gauche (i.e. sous-exposer), ou bien de changer le mode de mesure (la mesure « moyenne à prédominance centrale » semble donner de bons résultats).